Msgr Marc Ouellet, le primat de l'Église catholique au Canada
L'Église catholique se lance en politique
C'est venu comme un choc.
Comme dans le temps de Duplessis quand les curés disaient : «Le ciel est bleu; l'enfer est rouge. Vous savez maintenant de quel bord voter, mes chers paroissiens. »
Voilà que cette semaine, le cardinal Marc Ouellet, primat de l'Église au Canada, a félicité publiquement le Premier ministre Stephen Harper pour son opposition aux services d'avortement offerts par le Canada aux pays aux économies émergentes.
Il n'a rien de surprenant à ce que la personne qui représente le Pape au Canada parle ouvertement contre l'avortement. C'est même un peu normal. Si ce n’était pas ainsi, Rome trouverait certes un autre primat.
Mais quand il va plus loin, jusqu’à vanter un parti politique plutôt qu'un autre, surtout quand il y a des politiciens dans tous les partis que partagent les croyances du cardinal, et bien là on se pose des questions.
Lors d'une manifestation contre l'avortement devant le Parlement à Ottawa la semaine dernière, le cardinal a déclaré : « Notre gouvernement a eu le courage de résister aux pressions qui voulaient faire financer des programmes d'avortement dans les pays du Tiers-monde. »
Pauvre cardinal. Il fait fausse route.
Ce n'est pas du tout cela. Il y a des années que le Canada finance des soins de santé maternelle, y compris des programmes d'avortements sécuritaires dans certains pays.
Mais depuis trois semaines le Premier ministre Stephen Harper a décidé de mettre fin à certains programmes et retirer les octrois d’une douzaine de regroupements féminins au Canada.
Le cardinal parle de " Résister aux pressions? "
Les seules pressions sont celles venues de la droite religieuse, dont l'église catholique, et l'église évangéliste qui compte Stephen Harper parmi ses fidèles, afin de mettre fin aux programmes existants, et non pas de les financer.
Devant la foule, le cardinal a fait l'éloge personnel de Harper : « Nous l'appuyons.»
Il aurait été beaucoup plus sage et beaucoup moins partisan de sa part s'il avait crié : «Nous félicitons et nous appuyons tous les politiciens de tous les partis qui s'opposent à l'avortement ici au Canada aussi bien qu'ailleurs au monde. "
Il y a un danger quand le clergé commence à faire de la petite politique. On sait où ça commence mais on ne sait jamais où ça peut finir.
Son ami Harper est déjà dans assez de pétrin avec sa décision d'annuler le financement des soins de santé canadiens au Tiers-monde, il n'a pas besoin d'un cardinal pour s'en mêler.