Monseigneur et le Premier ministre
Qu’ont en commun, Mgr Ouellet, archevêque de Québec, et Stephen Harper, premier ministre du Canada? Sans doute plus d’une chose mais, assurément, tous deux sont contre l’avortement. Le premier vient de déclarer que l’avortement est un crime et un péché même si l’enfant à naître est le résultat d’un viol! Le second, M. Harper, refuse que le Canada soutienne les programmes de planning familial qui incluent l’avortement.
La déclaration de Mgr Ouellet a créé un immense malaise. La ministre responsable des aînés, Marguerite Blais, s’est dite choquée; Pauline Marois, chef de l’opposition officielle à Québec, également. Même des membres du clergé catholique ont exprimé leur outrage ainsi que leur opposition; c’est le cas, notamment de Mr l’abbé Raymond Gravel du diocèse de Joliette.
Stephen Harper, lui, s’est fait rabrouer par Hillary Clinton; la Secrétaire d’État aux Affaires étrangères des USA a déclaré que l’aide à la famille et aux femmes dans les pays en développement devait inclure le planning familial ET l’avortement.
Vous vous demandez sans doute ce que la question de l’avortement vient faire dans ma chronique!
C’est que les questions du libre consentement des femmes à la maternité, de la planification familiale et des populations sont au cœur même du développement durable.
Le développement durable n’est pas strictement une affaire « d’environnement et de verdure. » En fait, c’est la capacité d’une société à développer les capacités des êtres humains qui est le principal moteur du développement. Des individus à qui on donne la possibilité de développer leur potentiel, libres et responsables constituent la base de ce développement. Une maternité voulue et consentie fait partie de ce « bouquet » de mesures.
Il est bien évident que l’explosion de la population mondiale au cours des 100 dernières années exerce une formidable pression sur les milieux naturels. En 1950, nous étions moins de 3 milliards d’êtres humains; nous serons environ 9,5 milliards en 2050.
L’émancipation des femmes, leur éducation massive, des maternités voulues font partie d’un plan de développement durable. Comme le montre l’histoire de nos pays eux-mêmes, cela va apporter une baisse des natalités et contribuer à stabiliser la population mondiale.
Steven Guilbeault
Norman Lévesque
Commentaire mis en ligne le 27 mai 2010Le Pape Benoit XVI a fait un pas en avant il y a quelques mois (1er janvier 2010) lorsqu'il a écrit le message (8 pages): "Si tu veux la paix, protège la création" Son message très intéressant et, pour la première fois, il y a une reconnaissance de la population grandissante sur Terre. Bon, aucune proposition face à un ralentissement de la démographie, mais maintenant que les faits son sur la table, ça suscitera la discussion en Église.
Il est vrai que les propos de Mgr Ouellet ne font pas l'unanimité et la majorité des prêtres et personnes engagées en Église sont d'accord que l'avortement est une action médicale qui est parfois nécessaire. Le centre Justice et Foi (par les Jésuites) affirme que le choix d'avorter est toujours difficile et qu'il vaut mieux offrir un accompagnement pastoral (et pas une condamnation).
Le programme Église verte (egliseverte.org) a déjà pris position sur le sujet: la fécondité d'une personne ne se limite pas à «faire des enfants», mais à offrir sa vie au monde.