Valérie Fournier, formée et récompensée
Guylaine Martin,
Agronome, répondante en formation agricole,
Collectif régional en formation agricole du Centre-du-Québec
Le 2 avril 2009, dans le cadre de la Semaine des adultes en formation, Valérie Fournier, productrice d’agneaux à Saint-Valère, a été honorée avec une quinzaine d’adultes qui se sont démarqués dans leur processus d’apprentissage. Le jury a retenu sa brillante participation à une attestation d’études collégiales (AEC) en gestion de l’entreprise agricole et sa constance à suivre des perfectionnements en agriculture année après année.
Le 29 mai 1999, Valérie Fournier épouse Éric Cloutier et l’agriculture. Éric est alors copropriétaire, avec ses parents et son frère, d’une ferme familiale en production laitière. En 2004, après le départ de son frère, Éric quitte la production laitière et, avec l’accord de ses parents, transforme l’étable en bergerie. Le couple se lance en production ovine et acquiert un troupeau de 142 brebis dont 100 pur-sang de race Dorset. L’année suivante, ils augmentent le troupeau à 200 brebis. Les beaux-parents de Valérie font partie de l’aventure.
Valérie possède un premier diplôme d’études collégiales en bureautique. En 2006, elle s’inscrit à une attestation d’études collégiales (AEC) en gestion de l’entreprise agricole dispensée par le Cégep de Victoriaville à raison de deux jours par semaine, de novembre à avril. Valérie voulait apprendre à faire des budgets, à planifier le développement de l’entreprise, à mieux connaître le secteur agricole et ses intervenants. Elle a appris bien davantage. Elle a mis à jour ses connaissances en comptabilité. Elle en acquiert de nouvelles pour gérer des employés, vendre de la viande d’agneaux et bâtir un plan d’affaires. En 2008, Valérie termine sa formation.
La formation permet aux participants d’être présents à la ferme des semis jusqu’aux récoltes. Ce retour aux études demande tout de même une gestion familiale très bien orchestrée. Il faut préparer Daphnée 6 ans pour aller à l’école et confier Audréane, 4 ans, et Mathilde, 2 ans, au papa qui prend le relais jusqu’au retour de maman à 16 h 30. A la question, « n’est-ce pas difficile de retourner à l’école le deuxième hiver pour finir sa formation ?», Valérie répond : « Pas du tout! On a même hâte de revoir la gang. Et le meilleur s’en venait avec la réalisation de nos plans d’affaires. ».
Bien qu’elle travaille en production ovine depuis seulement 5 ans, Valérie dit que les techniques de production évoluent constamment. La formation continue permet de suivre les changements. Chaque automne, elle consulte l’offre de formation continue. Au fil des ans, elle s’est inscrite à initiation à la production ovine, santé ovine, connaissance des découpes de viande, l’agriculteur et ses assurances, utilisation du logiciel comptable SigaFinance, entretien d’un brise-vent, transformation des produits de l’érable, anglais adapté à l’agriculture.
Toutes les formations qu’elle a suivies et principalement l’AEC lui ont fait comprendre tous les aspects économiques et techniques qui entrent en jeu lorsqu’il est question de rentabilité. Elle connaît maintenant beaucoup mieux l’entreprise et tous les facteurs extérieurs qui l’influencent. C’est ce qui permet à Valérie et Éric de mieux se préparer lorsqu’ils ont un nouveau projet en tête et de bien en évaluer les effets sur leur entreprise.
Éric affirme que la formation de Valérie a été un plus pour leur entreprise. Elle lui a permis de prendre des responsabilités au niveau du suivi du troupeau, de l’enregistrement des animaux, de la comptabilité et de la gestion financière. L’entreprise a pu développer la vente de femelles hybrides à cause des talents complémentaires du couple.
Le troupeau de la Ferme Guyline 2001 inc. compte aujourd’hui 420 brebis : 100 Dorset pur-sang, 160 femelles hybrides prolifiques (F1 Romanov x Dorset) et 160 femelles croisées (F2 Suffolk x F1 (Romanov x Dorset). Valérie et Éric produisent toutes leurs femelles de remplacement. Depuis 2007, ils vendent quelques agnelles F1 et des béliers Dorset pur-sang.
En 2008, 55 % des agneaux de marché produits ont été vendus en agneau lourd, 35 % en agneau de lait et 10 % en agneau léger. Leur troupeau est régi en photopériode, c’est-à-dire qu’il est divisé en quatre groupes. Chaque groupe a un cycle de huit mois; il y a donc un groupe qui agnèle à tous les deux mois. Ce système de régie intensive leur permet de fournir un contrat de vente d’agneaux lourds aux deux semaines avec la Fédération des producteurs d’agneaux du Québec.
Lorsqu’ils ont choisi la photopériode, le but visé était d’avoir un revenu régulier ainsi qu’un calendrier pour leur aider à bien organiser leur temps et obtenir les meilleures performances techniques possibles. En 2007, après seulement trois ans en production ovine, ils ont eu 1,24 agnelages par brebis par année alors que la moyenne selon l’étude sur le coût de production des agneaux au Québec réalisé en 2007 par le Centre d’études sur les coûts de production en agriculture (CECPA) était de 1,06. De plus, leur nombre d’agneaux réchappés par brebis est passé de 1,6 en 2006 à 1,9 en 2007. L’adhésion au «Club d’encadrement technique de la région de Québec» leur a permis d’en apprendre beaucoup sur la gestion de leur troupeau en plus d’avoir un œil critique sur leur travail et leur troupeau. Tout cela dans le but de s’améliorer.
En plus du troupeau ovin, la Ferme Guyline possède 400 acres de terres cultivables ce qui permet aux exploitants d’être autosuffisants en grains et en fourrages. Les surplus de grains sont vendus. Il est important pour Valérie et Éric d’obtenir la meilleure qualité possible tant pour les fourrages que les grains car c’est ce qui leur permet de réduire l’achat d’aliments protéiques et ainsi diminuer les coûts de production.